Réduire son empreinte carbone, favoriser les mobilités douces, encourager des pratiques plus responsables… Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à intégrer les enjeux environnementaux dans leur stratégie RSE.
Mais entre les engagements affichés et les habitudes quotidiennes des collaborateurs, le passage à l’action n’est pas toujours évident.
Car si les entreprises peuvent encourager leurs salariés à privilégier le vélo, les transports en commun ou le covoiturage, changer ses habitudes de déplacement ne se décrète pas.
Distance domicile-travail, horaires, contraintes familiales, sécurité, infrastructures disponibles… Les choix de mobilité dépendent de nombreux facteurs qui dépassent parfois la seule volonté individuelle.
Selon l’ADEME, près des trois quarts des trajets domicile-travail sont encore réalisés en voiture, le plus souvent seul. Ces déplacements représentent donc un véritable enjeu dans la transition écologique des organisations.
Comment transformer les ambitions environnementales de l’entreprise en solutions de mobilité réellement accessibles et adoptées par les collaborateurs ?
Et surtout, comment faire de la mobilité durable une démarche collective, plutôt qu’une responsabilité supplémentaire reposant uniquement sur les salariés ?
1. La mobilité durable, un enjeu concret de la politique RSE
La mobilité durable désigne les modes de déplacement permettant de limiter les impacts environnementaux des transports, tout en répondant aux besoins de déplacement des individus.
Dans le monde professionnel, elle concerne principalement deux dimensions :
- Les déplacements domicile-travail des collaborateurs.
- Les déplacements professionnels réalisés dans le cadre de leur activité.
Marche, vélo, transports en commun, covoiturage, autopartage, train ou encore combinaison de plusieurs moyens de transport : les solutions sont nombreuses.
Le télétravail et l’organisation des déplacements professionnels constituent également des leviers permettant de réduire certains trajets.
1.1 Des déplacements qui pèsent dans l’empreinte environnementale des entreprises
La question des transports est loin d’être secondaire.
Selon l’ADEME, les déplacements domicile-travail représentaient 13 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en France en 2019, soit 17,4 millions de tonnes de CO₂.
Pour certaines entreprises, notamment dans les activités tertiaires, les déplacements des collaborateurs peuvent représenter une part importante de leur empreinte carbone.
Agir sur la mobilité constitue donc un levier concret pour donner vie aux engagements RSE.
Mais l’enjeu ne se limite pas à réduire les émissions.
1.2 Un sujet à la croisée de la RSE, des RH et de la QVCT
La mobilité quotidienne influence directement l’expérience des collaborateurs.
Un trajet domicile-travail peut représenter du temps, un coût financier, de la fatigue ou du stress.
À l’inverse, des solutions de déplacement adaptées peuvent contribuer à améliorer le quotidien des salariés.
Le covoiturage peut permettre de partager les frais et de créer du lien entre collègues. Le vélo et la marche favorisent l’activité physique. Les transports en commun peuvent offrir une alternative aux embouteillages lorsque leur desserte est adaptée.
La mobilité durable se situe ainsi à la rencontre de plusieurs enjeux :
- La réduction de l’impact environnemental de l’entreprise.
- La qualité de vie et les conditions de travail.
- Le pouvoir d’achat des collaborateurs.
- L’attractivité et l’accessibilité du lieu de travail.
- La cohérence entre les engagements RSE et les pratiques quotidiennes.
La mobilité durable n’est donc pas uniquement une question environnementale : c’est aussi un sujet RH.
2. Pourquoi les collaborateurs ne changent-ils pas facilement leurs habitudes de déplacement ?
Encourager les mobilités douces semble relativement simple sur le papier.
Dans la pratique, la situation est souvent plus complexe.
2.1 Des contraintes qui ne sont pas les mêmes pour tous
Un collaborateur vivant à trois kilomètres de son lieu de travail, dans une ville équipée de pistes cyclables, n’aura pas les mêmes possibilités qu’un salarié habitant à trente kilomètres, dans une zone rurale peu desservie par les transports en commun.
De la même manière, les contraintes d’un salarié travaillant en horaires décalés peuvent être très différentes de celles d’un collaborateur bénéficiant d’horaires flexibles.
Les situations personnelles comptent également : déposer ses enfants à l’école, accompagner un proche, transporter du matériel ou encore disposer d’une solution de repli en cas d’imprévu.
Promouvoir la mobilité durable sans prendre en compte ces réalités peut rapidement créer un décalage entre les ambitions de l’entreprise et le quotidien de ses équipes.
2.2 Des freins matériels et organisationnels
Même lorsqu’un collaborateur souhaite modifier ses habitudes, certains obstacles peuvent limiter le passage à l’action.
Prenons l’exemple du vélo. Un salarié peut être motivé pour venir travailler à vélo, mais renoncer faute de stationnement sécurisé, de vestiaire ou d’itinéraire adapté.
De la même manière, le covoiturage peut sembler intéressant, mais devenir difficile à organiser lorsque les horaires de travail varient régulièrement. L’envie de changer ne suffit donc pas toujours.
Bonne pratique : avant de lancer une campagne de sensibilisation, identifier les obstacles concrets rencontrés par les collaborateurs. Un questionnaire interne peut notamment permettre de comprendre les modes de transport utilisés, les temps de trajet, les difficultés rencontrées et les alternatives que les salariés seraient prêts à expérimenter.
L’objectif n’est pas de juger les habitudes existantes, mais de comprendre ce qui pourrait réellement faciliter leur évolution.
3. Comment encourager concrètement la mobilité durable en entreprise ?
Pour passer des intentions aux pratiques, plusieurs leviers peuvent être mobilisés. L’enjeu consiste à construire une démarche adaptée aux collaborateurs, aux moyens de l’entreprise et à son environnement.
3.1 Commencer par réaliser un diagnostic des mobilités
Avant de mettre en place de nouvelles solutions, il est utile de comprendre comment les collaborateurs se déplacent aujourd’hui.
Cette première étape peut prendre la forme d’une enquête interne portant sur :
- Les moyens de transport actuellement utilisés.
- Les distances et les temps de trajet.
- Les difficultés rencontrées.
- Les possibilités de covoiturage.
- Les attentes concernant les équipements et les aides financières.
- Les alternatives que les collaborateurs pourraient envisager.
Cette démarche permet d’éviter de proposer des dispositifs qui ne correspondent pas aux besoins réels.
Cas concret :
Une entreprise souhaite encourager ses salariés à venir à vélo. Après consultation des équipes, elle découvre qu’une majorité d’entre eux habite à plus de vingt kilomètres du site, dans des communes peu desservies. Plutôt que de concentrer ses efforts uniquement sur le vélo, elle pourrait développer le covoiturage, faciliter les correspondances avec les transports collectifs ou encourager l’utilisation du vélo sur une partie du trajet.
Le diagnostic permet ainsi de passer d’une intention générale à des actions pertinentes.
3.2 Lever les obstacles matériels
Encourager les mobilités douces suppose parfois de revoir certains équipements. Pour favoriser l’utilisation du vélo, l’entreprise peut notamment envisager :
- L’installation d’abris ou de stationnements sécurisés.
- La mise à disposition de vestiaires.
- L’installation de douches lorsque cela est pertinent.
- Des ateliers d’entretien ou de réparation.
- Des informations sur les itinéraires cyclables à proximité.
Pour encourager le covoiturage, elle peut faciliter la mise en relation entre collaborateurs ou réserver certaines places de stationnement aux véhicules partagés.
Bonne pratique : commencer par quelques aménagements simples, puis les faire évoluer en fonction des usages. Un équipement n’est réellement utile que s’il répond à un besoin identifié.
3.3 Utiliser les dispositifs financiers existants
Le coût des déplacements peut constituer un levier important pour faire évoluer les pratiques. En France, plusieurs dispositifs permettent aux employeurs d’accompagner leurs salariés.
Le forfait mobilités durables (FMD) permet notamment aux entreprises de soutenir financièrement les collaborateurs qui utilisent certains modes de transport durables pour leurs trajets domicile-travail, comme le vélo ou le covoiturage. Dans le secteur privé, sa mise en place est facultative.
En 2026, le forfait bénéficie, sous conditions, d’une exonération fiscale et sociale pouvant atteindre 600 € par an et par salarié, ou 900 € lorsqu’il est cumulé avec la prise en charge d’un abonnement de transports collectifs.
Les employeurs du secteur privé doivent par ailleurs prendre en charge au moins 50 % du coût des abonnements éligibles aux transports publics ou aux services publics de location de vélos utilisés pour les déplacements domicile-travail. Au-delà de ces obligations et dispositifs, l’entreprise peut réfléchir à d’autres formes d’accompagnement adaptées à ses moyens.
Bonne pratique : communiquer clairement sur les aides existantes, leurs conditions d’accès et les démarches à effectuer.
Un dispositif méconnu ou trop compliqué à utiliser risque de rester sous-exploité.
3.4 Adapter l’organisation du travail
La mobilité durable ne dépend pas uniquement des moyens de transport disponibles.
L’organisation du travail peut également jouer un rôle important. Des horaires flexibles peuvent, par exemple, permettre à certains collaborateurs d’utiliser les transports en commun en dehors des périodes les plus chargées ou de mieux organiser un covoiturage. Le télétravail, lorsque les fonctions le permettent, peut réduire le nombre de déplacements domicile-travail.
La visioconférence peut également éviter certains déplacements professionnels, sans pour autant remplacer systématiquement les rencontres physiques.
Cas concret :
Une entreprise constate que plusieurs collaborateurs habitant dans une même zone géographique souhaitent covoiturer, mais que leurs horaires d’arrivée et de départ diffèrent.
Une réflexion avec les managers sur les horaires pourrait permettre de faciliter cette organisation, sans perturber le fonctionnement des équipes. Il ne s’agit pas de bouleverser toute l’organisation, mais d’identifier les ajustements possibles.
3.5 Encourager l’expérimentation plutôt que l’obligation
Changer une habitude quotidienne demande du temps. Plutôt que d’attendre des collaborateurs qu’ils modifient immédiatement leurs déplacements, l’entreprise peut leur proposer de tester différentes solutions. Une semaine de la mobilité, un challenge collectif ou une journée de découverte des alternatives à la voiture individuelle peuvent constituer de bons points de départ.
Cas concret :
Pendant une semaine, une entreprise propose aux collaborateurs volontaires d’expérimenter un autre mode de déplacement pour venir travailler. Certains essaient le covoiturage, d’autres le vélo ou les transports en commun.
À l’issue de l’opération, les participants partagent leurs expériences : ce qui a fonctionné, les difficultés rencontrées et les conditions qui pourraient les encourager à renouveler l’expérience.
Cette approche permet de sensibiliser sans culpabiliser. Elle offre également à l’entreprise des informations précieuses pour ajuster ses actions.
4. Faire de la mobilité durable un projet collectif
Une démarche de mobilité durable ne peut pas reposer uniquement sur le service RSE. Pour être adoptée, elle doit associer les différentes parties prenantes de l’entreprise.
4.1 Impliquer les collaborateurs dès le départ
Les salariés sont les premiers concernés par les déplacements domicile-travail. Les associer à la réflexion permet d’identifier des besoins qui n’auraient pas nécessairement été anticipés.
Des groupes de travail, des enquêtes ou des échanges avec les représentants du personnel peuvent contribuer à construire des solutions plus adaptées. Les collaborateurs peuvent également être force de proposition. Certains connaissent des itinéraires cyclables, d’autres utilisent déjà le covoiturage ou disposent d’une expérience intéressante à partager.
Valoriser ces initiatives peut contribuer à faire émerger une dynamique collective.
4.2 Associer les managers et les RH
Les managers ont un rôle important dans la mise en œuvre des dispositifs.
Ils peuvent faciliter certains aménagements horaires, encourager les expérimentations et contribuer à identifier les contraintes opérationnelles. Les RH peuvent, de leur côté, accompagner la réflexion sur l’organisation du travail, les dispositifs financiers, les conditions de travail et la communication interne.
La mobilité durable devient alors un sujet transversal, à la croisée de plusieurs fonctions.
4.3 Travailler avec les acteurs du territoire
L’entreprise ne maîtrise pas l’ensemble des infrastructures de transport. Elle peut néanmoins échanger avec les collectivités, les autorités organisatrices de la mobilité ou les entreprises voisines. Dans certaines zones d’activité, plusieurs employeurs rencontrent les mêmes difficultés d’accessibilité.
Des initiatives communes peuvent alors être envisagées : covoiturage interentreprises, amélioration de l’information sur les transports, stationnements mutualisés ou dialogue avec les acteurs locaux.
La mobilité durable gagne à être pensée au-delà des frontières de l’entreprise.
5. Comment mesurer les résultats de sa politique de mobilité durable ?
Comme toute démarche RSE, une politique de mobilité doit pouvoir être évaluée. Mais attention à ne pas mesurer uniquement le nombre de personnes ayant participé à une journée de sensibilisation.
L’objectif est surtout de comprendre si les habitudes évoluent réellement.
Plusieurs indicateurs peuvent être suivis :
- La répartition des modes de transport utilisés par les collaborateurs.
- L’évolution de l’utilisation de la voiture individuelle.
- Le nombre de salariés bénéficiant du forfait mobilités durables.
- La fréquentation des équipements mis à disposition.
- Le nombre de trajets réalisés en covoiturage.
- L’évolution estimée des émissions de gaz à effet de serre.
- La satisfaction des collaborateurs concernant leurs déplacements.
Un suivi annuel, complété par des retours qualitatifs, peut permettre d’identifier les actions efficaces et celles qui nécessitent des ajustements.
Bonne pratique : fixer des objectifs réalistes, adaptés à la situation de départ.
Une entreprise située en centre-ville, à proximité d’une gare, ne pourra pas nécessairement poursuivre les mêmes objectifs qu’un établissement implanté dans une zone industrielle éloignée des transports collectifs.
Il est également important de distinguer les changements de comportement réellement observés des simples intentions déclarées.
6. Mobilité durable : les erreurs à éviter
Même avec de bonnes intentions, certaines approches peuvent limiter l’efficacité d’une démarche.
6.1 Culpabiliser les collaborateurs
Demander aux salariés de réduire l’utilisation de leur voiture sans tenir compte de leurs contraintes peut générer de l’incompréhension. Pour certains, la voiture reste aujourd’hui la seule solution réellement compatible avec leur situation.
L’objectif doit donc être de proposer des alternatives crédibles, pas de porter un jugement sur les choix individuels.
6.2 Multiplier les actions de communication sans changer les conditions de déplacement
Une campagne de sensibilisation peut être utile.
Mais elle risque d’avoir peu d’effets si les collaborateurs ne disposent pas des infrastructures ou de l’organisation nécessaires pour modifier leurs habitudes. Encourager le vélo sans prévoir de stationnement sécurisé, par exemple, peut rapidement montrer les limites de la démarche.
La communication doit accompagner les changements, pas s’y substituer.
6.3 Proposer une solution unique à tous
Le vélo ne convient pas à tous les trajets. Les transports en commun ne sont pas accessibles partout. Le covoiturage n’est pas toujours compatible avec certains horaires.
Une politique de mobilité durable efficace doit donc proposer plusieurs solutions, plutôt que chercher à imposer un modèle unique.
6.4 Oublier les déplacements professionnels
La mobilité durable ne concerne pas uniquement les trajets domicile-travail. Les déplacements réalisés dans le cadre de l’activité peuvent également faire l’objet d’une réflexion.
Privilégier le train lorsque cela est pertinent, limiter les déplacements évitables, optimiser les tournées ou repenser certaines pratiques de réunion sont autant de pistes à explorer.
L’enjeu est de construire une démarche cohérente à l’échelle de l’organisation.
7. De la stratégie RSE aux habitudes quotidiennes : créer les conditions du changement
La mobilité durable illustre finalement un enjeu plus large de la responsabilité sociétale des entreprises : comment transformer des engagements collectifs en pratiques concrètes ?
Afficher des objectifs environnementaux est une première étape. Mais leur réalisation suppose de prendre en compte les réalités quotidiennes des collaborateurs, les contraintes de l’organisation et les ressources disponibles.
Une politique de mobilité durable ne peut donc pas se résumer à demander aux salariés de changer leurs habitudes. Elle doit leur donner les moyens de le faire. Cela passe par l’écoute, l’expérimentation, les infrastructures, les aides financières, l’organisation du travail et la coopération avec les acteurs du territoire.
Et surtout, par une approche progressive, qui reconnaît que les solutions ne sont pas les mêmes pour tous.
Le rôle de l’entreprise n’est pas d’imposer une mobilité idéale, mais de rendre les alternatives durables plus simples, plus accessibles et plus attractives.C’est à cette condition que la mobilité durable peut dépasser le cadre des engagements RSE pour s’inscrire réellement dans le quotidien des collaborateurs.
Et contribuer, à son échelle, à faire évoluer durablement les pratiques de l’entreprise.
FAQ – Mobilité durable en entreprise
Qu’est-ce que la mobilité durable en entreprise ?
La mobilité durable en entreprise regroupe les solutions permettant de réduire l’impact environnemental des déplacements liés au travail. Elle concerne notamment les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels. Elle peut inclure la marche, le vélo, les transports en commun, le covoiturage ou encore la réduction de certains déplacements grâce au télétravail.
Comment encourager les mobilités douces auprès des salariés ?
L’entreprise peut commencer par identifier les habitudes et les besoins de ses collaborateurs. Elle peut ensuite proposer des équipements adaptés, des aides financières, des solutions de covoiturage, des aménagements horaires ou des actions de sensibilisation. L’essentiel est de faciliter le changement plutôt que de l’imposer.
Qu’est-ce que le forfait mobilités durables ?
Le forfait mobilités durables est un dispositif permettant aux employeurs de participer aux frais de déplacement domicile-travail des salariés utilisant certains modes de transport durables. Dans le secteur privé, sa mise en place est facultative et ses modalités sont encadrées par la réglementation.
Pourquoi intégrer la mobilité durable dans sa politique RSE ?
Les déplacements des collaborateurs contribuent à l’empreinte environnementale des entreprises. Encourager des alternatives moins émettrices permet de réduire cet impact, tout en agissant potentiellement sur le pouvoir d’achat, la qualité de vie au travail et l’accessibilité de l’entreprise.